Atelier 9 - Sophie
Il me demanda alors si j'avais une photo, que naturellement je n'avais pas. Il sembla étonné et me demanda pourquoi. Je lui répondis tout simplement que je détestais les photos, surtout d'elle, car elles nuisaient au souvenir en lui enlevant tous ces petits détails dynamiques et vivants qui la caractérisaient si bien.
Il y eu un blanc : je compris qu'il ne comprenais pas. Alors, j'ai fermé les yeux et j'ai pensé à elle, rien qu'à elle puis je dis qu'elle avait des cheveux safran, mais uniquement pour ceux qui avaient le droit de passer leur main dedans, et de découvrir sous une blondeur de surface, les magnifiques fils de cuivres qui descendaient le long de son cou et de ses épaules.
Elle avait un adorable nez de cochon, qui ne se montrait qu'à ceux qui savaient la faire rire. Elle avait des tâches de rousseur qui apparaissent sur le haut de ses joues de mai à septembre, chaque année, et qui lui avaient values le surnom de la calculatrice. Elle en jouait lors des courses au supermarché, tapotant vigoureusement de ses doigts sur sa figure afin de justifier tel ou tel article qu'elle ajoutait dans le caddie.
Le dimanche elle était encore plus souriante, car elle pouvait porter une de ses robes qu'elles aimait tant, car les garçons de l'école ne pourraient pas alors l'embêter en la lui soulevant. Sa préférée était celle que je lui avait ramenée d'Inde, mauve en coton peigné qui lui donnait presque des formes de femme déjà. Elle aimait la faire tournoyer devant nos yeux éblouis puis clore son spectacle en mimant Marilyn Monroe.
Elle avait des petits pieds, qui peinaient à avancer dans mes grandes pantoufles. Elle avait des petites mains qui portaient un vernis framboise, toujours un peu effrité. Elle ne sortait jamais sans son sac à main fétiche, en patchwork et boutons perdus ramené de ses expéditions au lavorama voisin.
Elle était tout cela et bien plus encore, et je craignais qu'une simple photo en omettant tous ces petits détails, finisse par les faire taire de mon esprit à jamais. Il compris et me remercia, puis se leva doucement avant de partir.
Par e-atelierecriture, Dimanche 28 Octobre 2007 à 11:37 GMT+2 dans Atelier 9 (article, RSS)






