Atelier 9 - Claire

Le lieu, si elle s'en souvenait? Oui, bien sûr...
L'artère principale a les allures d'un grand boulevard Haussmannien. Froid, logique, imparable. Carrefour neutre et gris. Les petites rues qui le traversent ont le charme de l'Orient. L'une, audacieuse, monte et le franchit, l'autre se contente de descendre de son côté. Un carrefour à 5 branches donc. Où les immeubles se tiennent, droits, serrés, réguliers ...

Une bouche de métro sur le côté, à l'angle une agence de voyages discount. Ses murs sont tapissées de grenouilles vertes qui croassent en langage publicitaire « Go, go, go, voyage ! ». Les enseignes des magasins parlent de Caprice, de Petits Pois, de tragédie grecque (Electre) et surtout d'Original Amour...

Deux cafés se toisent face à face, tous les deux nez dans le bitume. Le Pré, collé au Métro et au distributeur automatique, respire les effluves des rails et le café âcre. L'autre, Le Réau, a choisi le profil bas, coincé entre deux boutiques, et une certaine discrétion sur ses passe-temps diurnes.

Rouge, vert, orange ! Un feu régule le trafic, bus, scooters pressés et autres énervés à moteurs et à roues. Jour, lumière, ça vrombisse, ça pète, ça fume. Les vêtements montent et descendent sur des portants poussés par des Pakistanais sans papier. Quelques rares putes osent encore s'aventurer jusqu'ici, à l'heure du chien loup... A la recherche d'un Paris qui n'existe plus.

On parle arabe, sri-lankais, yiddish (du moins, je l'espère), « English », français aussi. Les étudiants modeux d'une école de stylisme hument l'inspiration de la rue en fumant leur clope. Sur les vitrines des boutiques en gros, des affichettes rapidement rédigées recherchent « modéliste à plein temps »... et exploitables à merci ? Tandis qu'aux étages, les machines à coudre ronronnent, piquent et repiquent...

A Electre, les maigres mannequins ont endossé les modèles femme d'embonpoint de la saison, au Caprice les soutifs jouent dans les airs...Quant à l'Original d'Amour, motus et bouche cousue. Rien ne s'expose ici si ce n'est un blanc panneau en vitrine, mystérieux et prometteur...

Et voilà, c'était ici que la nuit, tout se suspendait pour laisser place nette à la scène de leurs amours...

Vos commentaires

1 Le Mardi 11 Decembre 2007 à 23:32 GMT+2, par brigitte

Claire,
Me voici de retour.
On aimerait bien que le texte se prolonge pour nous emmener encore plus loin dans la description de ce carrefour où tu ne te contentes pas de faire une description physique mais où des personnes sont présentes aussi bien à travers les sons (les paroles), la publicité, dans les intérieurs (les ateliers de couture) qu'à travers les passants eux-même.
"Les putes" me semble un peu déplacé comme terme non pas qu'il me choque (loin de là, allons donc!) mais car il ne convient pas au ton du texte,qui est plutôt posé. Tu pourrais même mettre un terme un peu désuet pour accentuer le côté souvenir du texte et dire les "filles de joie".
Ah oui, j'oubliais de te dire "Haussmanien". Ces derniers jours je l'ai lu et entendu je ne sais combien de fois ce terme on dirait qu'à Paris tout a été construit par Haussman. J'ai l'impression que ce terme est à a mode et que ça fait bien de l'employer. Je ne pense pas que tu es sacrifié à la mode toi aussi, je pense que tu dis tout simplement la vérité mais il se trouve que ces jours-ci tout soit haussmanien!
On dirait que ton texte n'est que le préambule d'une histoire qui commence tu as campé le décor maintenant tu vas passer au récit en commençant par "leurs amours".
J'aime les énervés à moteurs.
J'aime moins ça vrombisse. N'est-ce pas plutôt ça vrombit?
Voilà.

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