Atelier 9 - Claire
Une bouche de métro sur le côté, à l'angle une agence de voyages discount. Ses murs sont tapissées de grenouilles vertes qui croassent en langage publicitaire « Go, go, go, voyage ! ». Les enseignes des magasins parlent de Caprice, de Petits Pois, de tragédie grecque (Electre) et surtout d'Original Amour...
Deux cafés se toisent face à face, tous les deux nez dans le bitume. Le Pré, collé au Métro et au distributeur automatique, respire les effluves des rails et le café âcre. L'autre, Le Réau, a choisi le profil bas, coincé entre deux boutiques, et une certaine discrétion sur ses passe-temps diurnes.
Rouge, vert, orange ! Un feu régule le trafic, bus, scooters pressés et autres énervés à moteurs et à roues. Jour, lumière, ça vrombisse, ça pète, ça fume. Les vêtements montent et descendent sur des portants poussés par des Pakistanais sans papier. Quelques rares putes osent encore s'aventurer jusqu'ici, à l'heure du chien loup... A la recherche d'un Paris qui n'existe plus.
On parle arabe, sri-lankais, yiddish (du moins, je l'espère), « English », français aussi. Les étudiants modeux d'une école de stylisme hument l'inspiration de la rue en fumant leur clope. Sur les vitrines des boutiques en gros, des affichettes rapidement rédigées recherchent « modéliste à plein temps »... et exploitables à merci ? Tandis qu'aux étages, les machines à coudre ronronnent, piquent et repiquent...
A Electre, les maigres mannequins ont endossé les modèles femme d'embonpoint de la saison, au Caprice les soutifs jouent dans les airs...Quant à l'Original d'Amour, motus et bouche cousue. Rien ne s'expose ici si ce n'est un blanc panneau en vitrine, mystérieux et prometteur...
Et voilà, c'était ici que la nuit, tout se suspendait pour laisser place nette à la scène de leurs amours...
Par e-atelierecriture, Dimanche 21 Octobre 2007 à 18:59 GMT+2 dans Atelier 9 (article, RSS)





