Atelier 7 - Brigitte
Tu ne te sentais bien qu'au contact de la nature, tu ne supportais plus les gens que tu étais obligée de tolérer, leur proximité ou non que tu ne pouvais choisir. Tu étais de plus en plus inquiète à l'idée de vivre dans cette ville ni pire, ni mieux que n'importe quelle ville moyenne du globe. Avec son lot de foules désordonnées, de nuages gris enveloppant toute vie jusqu'à une hauteur de 5000 m au moins, de surfaces grises en béton et bitume occupant la presque totalité de ton champ visuel, de bruit ininterrompu des moteurs qui n'observait même plus de pause au cœur de la nuit comme c'était encore le cas il y a quelques années et qui était maintenant relayé par le ronflement des climatiseurs, comme en Amérique, quoiqu'ils ne fussent pas aussi volumineux et sonores (ce n'était qu'un sursis).
Tu vivais un vrai dilemme : devais-tu t'éloigner de ces lieux exécrés et vivre plus ou moins en ermite, être montrée du doigt, être traitée de folle mais en contre partie te réveiller avec les oiseaux, entendre la brise dans les feuillages, la pluie s'écouler dans ces mêmes feuillages, observer les insectes dans l'herbe où tu serais allongée, marcher sur les chemins verdis en leur milieu, entendre les grenouilles après la disparition du soleil ? Ou bien subir encore les contraintes de la ville pour apparaître civilisée, normale, dans la course, adaptée, sociable, et tant pis si cette alternative se faisait à ton corps défendant, avec un pincement au cœur, l'impression de passer à côté de quelque chose, de l'essentiel même, en te constituant ton cancer futur peut-être ?
Mais tu n'étais pas seule en cause, tu partageais ta vie, comme on dit, avec une famille, tu avais le devoir de faire vivre en partie cette famille qui de plus t'était chère, tu devais apporter ta contribution matérielle au bien-être des tiens. Comment trouver cette contribution à la campagne sans un projet sérieux et réfléchi. Tu te situais dans ton nuage philosophique à la petite semaine, tu étais condamnée à maintenir ce désir sous forme de rêve, à ressentir ta frustration récurrente comme une fièvre paludique qui vient et qui part pour mieux ressurgir, à te masturber avec un pot de géranium sur ta fenêtre, un bouquet de persil sur le frigo ou un footing dans les allées encombrées d'un jardin poussiéreux avec en bruit de fond, la sempiternelle rumeur des moteurs.
Tu choisis donc provisoirement une solution intermédiaire, la demi-mesure, le compromis (mot à la mode), la compromission même, vu sous l'angle des puristes. Tu t'installas dans une modeste maison de banlieue avec un petit jardin où tout de même il t'arrivait de trouver une coquille d'œuf de merle après l'éclosion de l'oisillon, où les fushias explosaient de toutes leurs nuances de violets, de mauves et de roses, où le gazon fauché exhalait des odeurs de foin, où la cueillette des olives te donnait l'illusion d'une activité agricole, où la vigne formait une tonnelle dégageant une ombre clairsemée
Par e-atelierecriture, Samedi 2 Juin 2007 à 19:30 GMT+2 dans atelier 7 (article, RSS)





