Atelier 7 - Claire

Fatigue, orage, ennui, arrivé ruisselant dans une salle vide, la péniche tangue, les amours passent...Les voilà enfin, la joie des amis retrouvés, les bouts d'amertume et de bonheur qu'on partage, et puis direction la scène ! Sam saisit la basse, Léo - magnifique dans sa robe rouge- le micro, le concert commence...C'est pas mal, très doux, effluves de pancakes à la banane et nostalgie des amis perdus, morts à la guerre, celle d'Irak, vous savez. Léo est américaine, Sam australien. « Ce morceau, je l'ai écrit à l'annonce de la nouvelle de la mort d'un ami au Moyen-Orient... » C'est bizarre, d'habitude il parle mieux français...

 

Aussi passent les chansons sur la Seine et le bateau se remplit petit à petit. Partir ? Oui, peut-être...Trop tard, happé par un autre groupe, échanges, rires. Puis c'est décidé, on y va. Attendez, je récupère mes affaires. Message reçu sur le portable d'une ex qui se souvient aujourd'hui de nous : « Qu'est-ce que tu fais ? On peut se voir là ? ». Oh, basta ! Hop, une bise à Elias en passant, bébé groggy dans les bras de son papa Jack: "- Vieux frère, comment vas-tu? - Bien, et toi, mon grand? - La banane, mais où est ta douce?"

« Mais là! » Non, yes, demi-tour et qui, là, devant moi : Dan -la femme de Jack- ! Et l'on repart, retrouvailles, et bientôt, c'est sûr, départ imminent des voyageurs...Mais l'open bar ouvre dans cinq minutes. Qu'est-ce que tu prends ? Une vodka, et puis... une blonde devant moi - jolie au demeurant...

Mais t'es qui toi, déjà ? Tu serais pas le frère d'une grande sœur ? Et toi, pas la cousine d'un tel ? Ou l'amie d'un ami ? Tu ne vas pas là ? Ou là ? Dehors, la pluie s'est arrêté, la terrasse s'ouvre à nous.

Ca y est, point commun enfin localisé avec la « t'es qui toi ? », école commune ! Place alors à la doucereuse connivence des ragots partagés sur les mêmes gens qu'on connait. Désormais, jouons au « qui est devenu quoi » ! On n'aurait pas dû...

Tu te rappelles de Mélodie ? Oui, bien sûr, la plus talentueuse d'entre nous ! Merde...Quoi ? Elle est morte, écrasée par un train, juste le temps de jeter son bébé qu'elle avait dans les bras, elle a glissé...Ronan est seul maintenant avec le bébé...

Mélodie brillante, belle, gracieuse, précoce, très précoce, indépendante...Goût de métal dans la bouche et non, pas envie de partir dans le mélo ou dans l'hommage mortuaire, pas ça, merde ! Blanc, tête chamboulée, bébé fort survivant. L'autre qui nous parle continue son numéro. Et si l'on partait, oui vraiment, pour de vrai ?

Sortie de Seine, plongée dans le métro aérien, gouttes de pluie écrasées sur les vitres, le foule retenue par les agents de la RATP, moiteur et grillons grillés sur les rails...Escalier électrique qui nous fait remonter des 30 mètres de profondeur sous la terre et là, incroyable, coïncidence, petit miracle, c'est petite sœur qui descend de l'autre côté. Regards échangés, reconnaissance, accord pour savoir lequel des deux remonte ou descend, et je peux dormir chez toi ? Oui, bien sûr, viens !

Confession expresse de la triste nouvelle, compassion, consolation, partage, on décharge les cargos de chagrin noir, on s'allume une clope, pause, et puis, non, finalement je vais rentrer chez moi...Oui, je comprends, t'inquiète, je vais bien, merci...

Et puis, la nuit.

Vos commentaires

1 Le Samedi 2 Juin 2007 à 16:38 GMT+2, par brigitte

Claire,
Ton texte est bien, ce rythme cassé, élyptique, cadencé te va bien.
Cependant il me semble parfois que le lecteur est un peu trop perdu surtout en ce qui concerne les personnages et leur situation dans le tamps. Je pense que quelques repères supplémentaires rendrait le texte moins obscur. Il ne s'agit pas de tout mettre à plat et de tout éclaircir, non! Juste quelques points, comme : le bébé groggy et le bébé de Mélodie sont-ils le même? Est-ce que le narrateur est une fille ou un garçon, peut-être n'est-ce pas important? Est-ce qu'ils ont quitté le concert sur la péniche ou non finalement?...
Si dans ta tête c'est clair il faut que ça le soit aussi pour le lecteur dsans pour autant changer ton style qui va très bien. Si dans ta tête c'est pas clair il faut savoir si cela est voulu ou pas.
Détails : avant derrnier§ la foule au lieu de le foule.
fin du 3ème § la pluie s'est arrêtée ée et non é.
Oui je crois que c'est là ce que j'avais à te dire. Je répète ce ton lapidaire et un peu hâché te va très bien.

2 Le Lundi 4 Juin 2007 à 23:44 GMT+2, par Sophie

Un texte aussi étrange qu'intéressant qui nous plonge dans un environnement de type « bipolaire ». En effet le texte en répondant totalement à la consigne, énumère une soirée riche en évenements, rencontres et dialogues en quelques paragraphes elliptiques. Le rythme est ainsi clairement rapide et le texte semble balayer la soirée comme si le narrateur voulait ne pas s'attarder dessus pour peut-être l'oublier au plus vite finalement. Cette description accélérée intensifie la sensation brutale du passage entre des moments agréables et désagréables, entre l'envie et la lassitude, l'espoir et la résignation.

Le lecteur est clairement emmené dans cette oscillation volontairement induite par le narrateur qui peut provoque un certain malaise car innatendue. Ce qui est intéressant, c'est que ce n'est pas uniquement le narrateur qui semble avoir des traits bipolaires, mais tout le texte. Les évènements, l'environnement tout entier changent du tout au tout et se fondent avec la personnalité du narrateur, renforçant ce sentiment de montée et de descente tout au long du récit, et qui se termine par un soulagement avec l'arrivée tant attendue de la nuit, salvatrice et libératrice.

3 Le Samedi 23 Juin 2007 à 10:50 GMT+2, par brigitte

2nd commentaire de Brigitte suite à celui de Sophie.
Sophie, je ne sais pas si tu as une formation littéraire mais tu fais des commentaires super appronfondis sur le sens du texte, la psychologie des personnages... Mais je dirai que pour faire avancer Claire il faut aussi lui faire des commentaires sur son écriture elle-même. Sur les termes employés, les procédés pour dire les choses, l'esthétique de l'écriture, l'originalité du style, la sensation que le texte produit sur le lecteur, la clarté ou la non clarté souhaitée du propos etc.
Je n'ai pas encore vu ton texte pour cette 7ème consigne, je le cherche pour le commenter.
Brigitte

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