commentaires de Claire des textes de Sophie


Le jeu préféré d'Anatole consistait à s'agenouiller le plus près de la rivière, et de plonger dans l'eau fraîche son index jusqu'à la première phalange, afin de faire bifurquer le courant à sa guise. Ensuite, il plongeait l'intégralité de sa main puis de son bras dans l'eau qui soudainement lui semblait plus froide, jusqu'à ce qu'il mouille le rebord de sa chemise retroussée. Alors, d'un mouvement vif et circulaire, il remuait son membre de toutes ses forces afin d'assombrir l'eau claire par la remontée de la vase qu'il avait provoquée.


J'aime la description minutieuse, quasi mathématique, de ce texte : cela crée un suspense, une attente entretenue. Cela coule aussi, jusqu'à l'apparition de la vase...Peut-être peut-on trouver mieux au niveau vocabulaire de « son membre » ?


Le dimanche était le seul jour où l'on pouvait finir ses rêves, et rien que pour ça, on avait hâte d'aller se coucher après le dîner copieux du samedi soir. Déjà, ils avaient le temps de se dérouler, d'être une véritable histoire avec un début et une fin alors que les autres jours, c'était plutôt des fragments d'épisodes éternellement inachevés. Ensuite, même si l'on se réveillait un peu trop vite et que le rêve n'avait pas eu le temps de se terminer, on avait l'immense plaisir de pouvoir se dire « ah, c'est dimanche aujourd'hui: on peut se rendormir », puis fermer ses yeux doucement et replonger profondément dans son sommeil afin de repêcher le rêve, le reprendre là où il s'était interrompu, et même d'en décider le cours. Si cela fonctionnait, c'était comme si le rêve devenait réalité pendant le court moment de cette escapade de l'esprit et lors du réveil en fin de matinée, le dimanche prenait un goût presque surnaturel.


Intéressant ce mélange de style parlé -enfantin-(« rien que pour ça », etc) et de narration adulte.
Quelques points : d'abord, la question du « on », une sorte de faux « nous » déguisé ici. Ne faut-il pas mieux, comme l'a déjà suggéré Brigitte, employer ici carrément une personne du 3ème pluriel : « les enfants » par exemple?
Je ne suis pas sûre de la reprise des rêves dès la 2ème phrase en pronom « ils », on ne comprend pas tout de suite je trouve.

Peut-être n'est-ce même la peine de mettre « épisodes éternellement inachevés » : le terme fragment dit déjà que c'est inachevé et l'épisode en soi n'est qu'un bout d'histoire, et donc inachevé ? Certes si on supprime cela, on perd l'idée d'éternité, de répétitions sans fin de fragment ? A chercher...
Je trouve que, comme le premier texte, tu arrives à bien développer les longues phrases.


Elle avait des mains épaisses et dures, des mains qui avaient travaillé toute une vie et portaient en elle l'histoire de cette femme. Ces mains avaient cuisiné des plats frais, préparé chaque jour pour les gens qu'elle chérissait, lavé le linge pour toute sa famille avec du savon noir, frotté souvent, pour qu'ils soient toujours les plus propres. Ces mains avaient planté des fleurs et des légumes dans un jardin oblong, et même les arbres d'un verger tout entier, afin de se régaler en voyant ses enfants grimper de branche en branche pour en cueillir les fruits et les croquer à pleines dents. Elles avaient porté tant de fois les commissions depuis le marché, dans les deux mêmes (?) cabas à bandes multicolores usés par le temps, puis méticuleusement disposé chaque élément à sa place dans la cuisine. Mais surtout, ces mains avaient caressé des cheveux, des visages, ou des corps, pris et réchauffé d'autres mains contre elles, et, dans toute leur dureté et leur rugosité, (elles ?) portaient en elles une immensité d'amour et de tendresse qui faisait d'elles les plus belles mains du monde.


Très beau texte. Attention néanmoins à la grammaire et à bien tenir au niveau grammatical les mains comme sujet. Je m'explique, il y a deux sujets dans ton texte : la femme et ses mains qui, certes, la personnifient. Exemple : je ne pense pas que ce soit les mains qui se régalent en voyant ses enfants grimper ; dans ce cas-là, il faudrait plutôt dire : « ces mains avaient planté des fleurs....afin qu'elle se régale en voyant ses enfants »
De même, tu parles de linge au singulier pour toute la famille au singulier aussi, or quand tu dis « pour qu'ils soient toujours les propres », le pronom « ils » est inadéquat. Je pense que tu veux parler de sa famille et il faudrait mieux dire alors « les siens ».
Bon, voilà juste pour quelques remarques un peu pointilleuses...qui n'enlèvent rien à la puissance du texte.

Vos commentaires

1 Le Vendredi 11 Mai 2007 à 01:07 GMT+2, par brigitte

A la première lecture de tes textes je trouvais que tes souvenirs étant assez long tu tendais à devenir plus sentimentale et moins descriptive. Mais en fait à la seconde lecture je me suis aperçue au contraire que tes souvenirs correspondaient tout à fait à ce qui était demandé. Souvenir précis raconté avec neutralité complète. La seule petite entorse peut-être est la dernière phrase du souvenir des mains : "elles portaient en elles tout une immensité d'amour et de tendresse qui faisait d'elles les plus belles mains du monde" (en passant, j'aurais plutôt dis "...d'amour et de tendresse qui en faisait les plus belles mains du monde"). La description seule montre cet amour et cette tendresse, il n'est pas nécessaire de l'écrire noir sur blanc.
Cette remarque est une intervention du narrateur qui n'a pu s'empêcher de donner son avis. A part cela tu as répondu à la consigne.
Mais je tiens à redire qu'une consigne est faite pour faire écrire et qu'elle peut être transgressée allègrement dans la mesure où elle a provoqué l'écriture même si c'est en creux, même si c'est dans une toute autre direction, en un mot même si ça n'a rien à voir avec ce qui est demandé. La consigne est d'abord un prétexte pour écrire avant d'être un exercice de style ou d'imagination.
Je suis d'accord avec Claire pour ce qui concerne la syntaxe ou les inexactitudes ou les maladresses. Mais c'est le genre de corrections que l'on peut faire lorsque l'on retravaille le texte pour en enlever toutes les scories.
Par exemple : le bord de sa manche retroussée" à la place de "le rebord de sa chemise retroussée". Est-ce la chemise entière qui est retroussée ou seulement la manche?
Tout a fait d'accord pour "le membre", en français cela prête à confusion.
Je supprimerais aussi "Qu'il avait provoquée" (1er souvenir, derniers mots). On a bien compris que la vase est remontée avec le mouvement.
Par simple curiosité, parles-tu de rêves éveillés ou de véritables rêves. Car nous avons l'impression que les personnages du texte sont bien maîtres de leurs rêves. Qu'ils les font surgir ou disparaître à leur guise?
Dans ce souvenir encore, la dernière expression est de trop car il s'agit encore d'une réflexion du narrateur et non un ajout au récit à la description. On peut enlevé "le dimanche prenait un goût presque surnaturel. Ce surnaturel doit apparaître avec les mots choisis pour décrire ce moment dense.

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