Conte des petits mots

A lire mot à mot...

Il était une fois mes mots petits, chétifs, sans grammaire ni orthographe, pire encore écorchés, bafoués…Tels des orphelins bien malheureux de ne trouver ni mère consolatrice ni père protecteur. Alors, qu’importe, se dirent-ils, prenons notre courage à deux mains, allons sur cet étroit chemin des balbutiements, bientôt c’est certain, nous parviendrons sur la grande route, celle de la parole.

Alors, ils se prirent la main et firent route, essayant d’éviter cul de poules et autres pièges. Parfois, ils étaient bien malheureux encore car l’un d’entre eux se perdait, d’autre fois ils se réjouissaient de la venue d’un nouveau compagnon qui les charmait de sa différence. Ils s’amusaient aussi beaucoup entre eux ; la route était longue, alors à quoi bon se presser ? Tout autour d’eux devenait source d’inspiration. Au programme : gymnastique lorsqu’ils s’essayaient au combinaison de pyramide ou de cube, athlétisme lorsqu’ils courraient les uns derrière les autres, sans oublier leurs jeux favoris : cache-cache et déguisement ( là, le plus drôle, c’était de se faire passer pour un autre mot), théâtre et chanson bien sûr…Oui, mes petits mots étaient très heureux dans leur innocence, oubliée cette première période de frustration et de lutte…Maintenant, même s’ils étaient toujours petits, ils pouvaient gambader et faire alliance les uns avec les autres, histoire de pallier leur faiblesse. Insouciants, ils ne virent pas la menace arriver…

Jusqu’au jour où les Grands vinrent les chercher, agacés et jaloux de tout ce joyeux remue-ménage…Les petits mots ne deviendraient jamais grands s’ils continuaient ainsi. Alors, ils les enfermèrent dans un lieu nommé « école », leur présentèrent les neuf chiffres qui les surveilleraient désormais, et leur aménagèrent deux espaces quotidiens de liberté réglementés et d’une durée de vingt minutes chaque – appelés « récrés ».

Il va sans dire que mes mots boudèrent et devinrent de nouveau maussades et gris…La maîtresse – car oui, ils avaient aussi une maitresse désormais- leur plaquaient la tête la première sur des cahiers froids. Là, ils devaient contempler des alignements de pattes de mouches mortes…C’était injuste et cruel. Pourquoi les contraindre à ce nouveau régime à l’eau et au pain noir ? On n’est pas dans un roman de Victor Hugo, zut ! grommelaient mes petits mots dans leur for intérieur…

« Roman », tiens, un nouveau, celui-là ! Avant, les nouveaux mots, on leur faisait la fête ; maintenant on s’en méfie ! Bon, Roman, t’es qui toi ?, finirent-ils par lui demander.

Alors, Roman leur expliqua toute la vie qu’il contenait en lui. Qu’avec lui, tout était possible, qu’ils voyageraient, qu’ils riraient, qu’ils pleuraient, qu’ils aimeraient, qu’ils grandiraient…Je suis une porte secrète sur l’infini…

Les petits mots le regardèrent stupéfaits, ébahis. Fallait-il le prendre au pied de la lettre ? Ils avaient déjà appris à se méfier des promesses, suite à leur fréquentation des Grands. Mais trop tard, ils étaient au pied du mur, il leur fallait en savoir plus…

Mais comment cela ? Comment peut-on jouer avec toi ?

Alors, Roman leur chuchota son secret : retenez bien ce que je vais vous dire, mes petits, et souvenez vous en toujours ! Acceptez ce qu’on vous apprend dans cette école, acceptez d’être figés sur le papier, c’est la seule condition pour pouvoir ouvrir ma porte. Et lorsque vous aurez de la peine, lorsque vous regretterez tout ce que vous avez perdu, pensez à moi et venez me voir !

Les petits mots se regardèrent entre eux, mais, déjà dans leur cœur, ils surent qu’il était trop tard, qu’ils ne seraient plus jamais comme avant. Alors, ils ne dirent rien, ils se serrèrent juste les uns contre les autres doucement, tendrement, pour une dernière fois. Demain, ils retourneraient à l’école et tout serait fini et tout recommencerait…autrement.

Le lendemain et les jours qui suivirent, la maîtresse, les Grands s’émerveillèrent de leur fulgurant progrès. Les chiffres, snobs et méprisants, s’ils continuaient à les regarder de haut, comprenaient qu’il faudrait désormais faire avec eux…Quant à mes petits mots, ils avaient enfoui dans leur cœur leur tristesse. En fait, ils n’avaient même plus le temps de penser à elle, emportés et excités par tout ce qu’ils apprenaient, à ce qui les transformaient…C’était chouette, c’était étonnant…Un nouveau territoire, de nouvelles ères de jeu…

Jusqu’au jour où les Grands encore une fois leur dit que cela suffisait, c’était bien beau d’écrire et de lire, encore fallait-il savoir bien le faire ! et ils leur présentèrent deux horribles vieilles dames, l’une grosse et au nez tordue qui s’appelait Orthographe. Une vicieuse, oui ! L’autre, une sorte de girafe osseuse et pincée, surnommée Grammaire, bien qu’il n’y ait  rien de gras ni de mère en elle...

 Nous voilà gâtés, se dirent mes petits mots ! Alors, ils s’en accommodèrent tant bien que mal, bon gré mal gré, espérant qu’un jour ils parviendraient à apprivoiser ces deux mégères, du moins en reconnaître les bontés cachés ! En attendant, qu’est-ce qu’elles leur pourrissaient la vie, ces deux-là ! Tout devenait faute, culpabilité  et encre rouge … Prononcez le mot dictée aujourd’hui, vous verrez encore frissonner mes petits mots devenus adultes et devinerez leurs tourments passés… …

Et mes petits mots grandirent, grandirent, devinrent adolescents, prirent des formes, des accents, des inclinaisons puis goutèrent aux interdits, testèrent leur puissance et leur limite...Enfin et surtout, ils se confrontèrent à la fréquentation des autres, aux anciens qu’ils ranimaient de leurs vestiges romains, aux étrangers qu’ils aimaient fréquenter, les words et autres worten, et enfin les tiens de mots qui surent leur plaire…par tes petits mots doux et charmants, mon Prince.

Et c’est ainsi que  je peux terminer mon conte comme il se doit : quand mes mots rencontrèrent les tiens, ils se marièrent et eurent beaucoup de bons mots !

Vos commentaires

1 Le Mercredi 14 Mars 2007 à 23:42 GMT+2, par brigitte

Ce n'est pas cul de poule mais nid de poule, je crois.
fin du 3ème § chacun appelés "récrés" et non chaque, si j'ai bien compris.
Début du 4ème § avant la fin "Les Grands leur dirent" et non leur dit.
L'une grosse, au nez tordu et non "et au nez tordu".
Oui la fin telle que tu l'as faite est possible car il s'agit effectivement d'un conte où toute les invraisemblances sont possibles. Mais il n'aurait pas fallu déjà annoncer la couleur dès l'avant dernier § en parlant du Prince tu aurais dû laisser le Prince pour le dernier §, afin de ménager encore un peu la chute.
L'idée est bonne mais le ton est fait pour des enfants. Il s'agit d'un conte pour jeunesse. Par quelques petites retouches tu pourrais écrire un conte pour adultes : changer "petits mots", "jouer avec toi", "récrés". Tu dois choisir entre texte pour enfants ou texte pour adultes avec exactement la même thématique et la même histoire mais en changeant légèrement le ton.

2 Le Lundi 9 Avril 2007 à 01:53 GMT+2, par brigitte

Voilà mon texte pour l'atelier 6 sur les anamnèses, je n'ai pas trouvé l'atelier 6 dans le blog. Je m'installe donc là sans savoir si ça va marcher.

Atelier 6

Brigitte

Anamnèses


Ils dégringolaient la grande dune à partir de son sommet en se laissant rouler latéralement. A l’arrivée ils avaient du sable dans tous les orifices et interstices de leur corps.

La 4 CV blanche était pleine de la marmaille à l’arrière. Elle emmenait tout le monde pour la promenade dominicale.

Les chambres de l’hôpital étaient remplies des membres des familles des malades avec leurs linges, leurs casseroles, leurs provisions autour des lits et des petites tables de nuit en fer constituant l’unique mobilier. Les toilettes communes et rudimentaires étaient vites salies.

La grand-mère avait toujours un ouvrage de tricot ou de crochet entre les mains, elle racontait à ses petits-enfants des épisodes de sa vie en s’appesantissant sur la guerre, tout en continuant à tricoter ou a crocheter.

Elle aimait s’asseoir, après le déjeuner, sur l’escalier qui conduisait au jardin pour lire un roman en cours et regarder des punaises rouges et noires en train de s’accoupler ou simplement de traverser la partie de l’escalier dans son champ visuel.

Ils commençaient à grimper dans la montagne en marchant dans la forêt de sapins sur un tapis d’aiguilles où leurs pas s’étouffaient en exhalant une odeur qui signait les vacances.

Les assiettes dans lesquelles elle mangeait sa soupe lorsqu’elle était enfant, avait un pourtour hachuré de rayures grenat et blanches et un fond où étaient représentées des fleurs de couleurs vert, bleu et grenat. A quelques variantes prêt, on retrouvait ces assiettes dans toutes les familles ordinaires de cette époque.

La fille de l’instituteur, à peine arrivée dans le village, tomba aussitôt amoureuse de l’un des beaux garçons qui prenait le car avec nous chaque matin pour aller au lycée. Lui, céda illico presto à ces sentiments.

Elle détestait le papier peint de la pièce principale de son premier appartement. Elle n’avait pas les moyens de le changer et savait que son séjour en ces lieux n’allait pas durer. Elle sen accommodait et l’ignorait lorsqu’elle rentrait du travail et écoutait détendue dans un fauteuil, Julos Beaucarne ou le groupe « Anges ».

Son amie Jeanne, beaucoup plus âgée qu’elle, lui a raconté qu’à partir de la fin de la guerre, lorsqu’elle avait envie d’une gourmandise, elle entrait dans une boulangerie et s’achetait du pain frais qui représentait pour elle le plus grand délice qu’il soit, tant elle en avait été privée pendant les années noires.

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