Atelier 3- Claire
Petite, Violette en avait plein la tête de ce qu’il fallait mettre ou ne pas mettre. Elle suivait les adultes sans bien comprendre d’où ils sortaient toutes ces règles…Mais après tout, si cela leur faisait plaisir, elle ferait ce qu’elle veut plus tard. Elle se disait même qu’elle prendrait sûrement un malin plaisir à fouler toutes ces interdictions.
Il est interdit de porter du bleu marine. Il rappelle à sa mère ses froids uniformes de son pensionnat catholique et une enfance cadenassée. Elle a en sainte horreur tout ce qui arbore cette couleur et ne supporte pas sa vue sur les siens. Vous voulez déplaire à Maman ? Portez du bleu marine ! Violette se souvient en souriant de s’être prise d’une passion secrète pour cette couleur interdite…Mais il est permis le rouge fraise, le jaune soleil, le bleu turquoise, le blanc neige, le rose girlie et le vert pomme. Reste à savoir ensuite comme les associer et les équilibrer. « Violette, il ne s’agit pas non plus de ressembler à un arc en ciel ! »
Il est interdit de porter de jolies ballerines parce que ça ne tient pas les pieds. De toute façon, Violette n’a pas le choix pour les chaussures. Elle est contrainte de porter de gros souliers –un modèle unique et que Violette juge disgracieux- en raison de ses semelles compensées pour ses pieds plats. Mais il est permis de rêver à toutes les belles chaussures qu’on portera plus tard. « Tu feras ce que tu veux quand tu sera grande. »
Il est interdit de porter des bijoux précieux – « Si tu les perds ? »-, des boucles d’oreille longues – « Si quelqu’un s’y accroche en jouant, ça peut t’arracher l’oreille ! »-, les bagues babioles – « c’est que du gadget ! ». Heureusement, il est permis de mettre et manger les colliers et bracelets bonbon…
Il est interdit d’avoir des jupes trop courtes. « Tu ne peux pas sortir comme ça ! Ne va pas te plaindre ensuite si tu as des ennuis… » Hauteur minimal autorisé : juste au dessus des genoux. Mais il semble permis de porter des pulls aux manches trop petites ou pantalons trop courts. « Oh, la, la, mais qu’est-ce que tu grandis vite ! Je n’arrive pas à suivre ! »
Violette comprit ainsi très vite ainsi le goût des adultes pour le paradoxe. Certaines choses sont possibles, d’autres non. Et pourquoi ? Alors, là, mystère et boule de gomme ! Démonstration : il est interdit de mettre un pull sans rien en dessous, de porter une jupe sur un pantalon, d’associer le rouge et le rose, le bleu et le noir, les baskets et une jupe, tenues d’été et celles d’hiver…Il faut être de bon goût, dans le ton et d’une manière adéquate à la saison.
Par exemple, il est interdit de s’habiller d’une manière pas présentable pour la visite chez les grands-parents le dimanche. « Mais, voyons Violette, tu ne peux pas y aller comme ça ! ».
Mais il reste tout à fait permis de s’habiller soi même…à condition d’être validé à l’examen de contrôle final…Aïe !…Reste à comprendre ce mystère du présentable…col relevé, couleurs gaies, mine pimpante et rien ne dépasse ? Oui, mais le pantalon en soie jaune et le pull rose douillet, c’est bien plus joli, non ?
Enfin, il est interdit de sortir en pyjama, de dissocier ses chaussettes, d’oublier sa culotte, de ne pas se coiffer, de montrer son ventre, de mettre ses affaires à l’envers…Mais il est permis le n’importe comment, c’est-à-dire la manière dont Violette aime s’habiller, pour les occasions spéciales, telles une sortie à la campagne ou des travaux à la maison…et aussi ces moments où le dimanche on peut traîner en robe de chambre, piquer les affaires de papa ou maman et les sacs de Mamie, le mercredi de se déguiser en princesse ou en dragon avec ses amis, et le samedi de garder son survet parce que c’est journée sport !
Par Claire, Lundi 8 Janvier 2007 à 11:18 GMT+2 dans Atelier 3 (article, RSS)





