Où s'en est allé?

Texte Brigitte 2

La vraie question qui subsiste après que nous ayons répondu à certaines ou abandonné toutes les autres, faute de pouvoir les résoudre ou faute de volonté pour le faire, la vraie question disais-je, est la suivante :
Où sont partis tous les morts que nous avons aimés ou simplement connus de près ?

Où s’en est allée l’aïeule Calixte qui a vécu si longtemps au milieu de ses descendants si nombreux et dont elle était si fière ? Elle marchait en tête de la cohorte et veillait à ce que tous la suivent. Elle a finalement dû quitter ce monde sans  véritable inquiétude cependant : elle croyait dur comme fer au paradis et pas une minute elle n’a douté qu’elle s’y rendrait tout droit, sans même passer par le purgatoire, tant elle était amie ami avec Dieu.

Je trouve inadéquat de poser la question de où s'en est allée l'aieule Calixte et ensuite affirmer qu'elle est allée directement au paradis dans le même paragraphe. Peut-etre pourrais tu suggérer qu'elle a du s'en aller directement au paradis tant elle était amie avec Dieu.

Où s’en est allée Chris, mon amie qui souriait sans cesse à la vie en plissant ses des yeux de telle manière qu’ils devenaient juste une fente et qu’elle en paraissait encore plus gaie ? Chris est partie ou plutôt s’est sauvée sans crier gare. Je ne comprends pas pourquoi elle était si pressée de nous laisser, pauvres de nous, sa famille, ses amis, désemparés. Elle avait encore tant à nous raconter car avec elle tout devenait histoire ; à nous déclamer, tout devenait poème ;  à nous écrire, tout devenait lettre d’amour.

Où s’en est allé mon premier amour que pour des raisons obscures ou avec peut-être un pressentiment j’ai renoncé à revoir ? Si j'étais restée, après 15 ans de vie commune j’aurais été la veuve d’un suicidé et auparavant la femme d’un déprimé. Peut-être qu’avec moi n’aurait-il pas souhaité partir ? Peut-être l’aurais-je sauvé ? Je ne suis pas présomptueuse mais j’aurais tant aimé que mon premier amour vive encore puisqu’il portait en lui un morceau de mon histoire. Où a-t-il emmené ses secrets ?

Où s’en est allé Petit Pierre qui est tombé de 12 mètres et s’est brisé le cou ? Il venait juste de sortir de l’enfance au cours de laquelle nous avons beaucoup joué et ris ensemble. Il était gentil et doux, il n’aimait pas les jeux violents peut-être à cause d’un défaut de vue qui l’obligeait à porter des lunettes encombrantes. Derrière ses lunettes il avait l’air si timide que j’avais envie de l’embrasser et de le rassurer. Et si c’était sa mauvaise vue qui l’avait englouti ? ici je ne choisirai pas englouti  ; et si c'était sa mauvaise vue qui en était la responsable ? Et si c'était sa mauvaise vue qui l'avait emmené vers l'au-delà? Et si c'était sa mauvaise vue qui nous l'avait pris? J’en frissonne.

Où s’en est allée la jeune fille au teint translucide, aux cheveux ondulés et vaporeux comme dans un tableau de Vermeer ? Trop silencieuse et solitaire, ressassait-elle donc déjà le mauvais coup qu’elle allait faire, dans le grenier de la famille, au bout d’une corde à  18 ans ? Claudine, car c’est Claudine qu’elle s’appelait, n’a pas su voir la beauté, la candeur de la vie, entourée de parents matérialistes, austères et ombrageux.

Rien que pour Claudine, et sa tristesse infinie, je voudrais que l’endroit où ils s’en sont tous allés, ressemble au paradis. à ce que l'on décrit du paradis.

Le narrateur ne sait pas ce qu'est le paradis puisqu'il n'y est jamais allé et ne sait pas où ils sont allés sinon il ne poserait pas ces questions, alors il ne peut pas vraiment dire qu'il souhaite que l'endroit où ils se rendent ressemble au paradis, qu'en penses tu?

Vos commentaires

1 Le Vendredi 29 Decembre 2006 à 11:57 GMT+2, par Sophie

Texte intéressant sur les questions existentielles que nous nous posons tous face à la mort, énumérant les différentes expériences de cas plus ou moins proches du narrateur.

Toutefois la conclusion est tournée de façon inattendue et je ne comprends pas très bien. D'abord Claudine n'était pas la seule à être malheureuse dans ton énumération. L'ex-petit ami l'était lui aussi et on ne sait pas pourquoi la sympathie du narrateur se tourne vers cette fille dont on ne connaît pas le lien avec lui, plutôt que vers celui qui a clairement partagé un moment de sa vie.

Ensuite je ne sais pas vraiment si le narrateur est omniscient ou pas car des fois il répond à ses propres questions de façon affirmative et des fois pas. Peut-être que ses questions se posent-elles alors plus au lecteur qu'à lui-même.

2 Le Mardi 9 Janvier 2007 à 15:20 GMT+2, par Claire

Avant de prendre la suite des commentaires de Sophie, je voudrais dire combien ce texte est poignant et en abordant ce domaine de la mort, il dégage une grande force que tu parviens à maitriser. Suite aux remarques faites par Sophie, j'ai l'impression que c'est une autre question que le narrateur soulève derrière celle présentée. Ce qui l'intrigue semble davantage pourquoi ces êtres-là se sont allés et de comprendre le chemin de vie qui les a amenés jusqu'à leur fin tragique... Exception faite de l'aïeul qui termine d'une noble mort -de vieillesse-, du coup la question ne semble plus se poser et le narrateur l'envoie quasi direct au paradis! Finalement, l'introduction, un peu compliquée je trouve, semblerait montrer que le narrateur lui-même ne sait pas quelle est la dernière question qui reste!

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