Textes libres - Sophie
Exercice narratif
La façon qu’il avait de la regarder trahissait de ce qu’il était sur le point de faire. Alors qu’elle serait occupée à lire, à broder ou à constater que les poussières ne devraient pas tarder à être faites, lui se lèverait et avancerait vers le porte-manteau. Délicatement, il glisserait sa main dans une des poches de son trois-quart ou dans un sac dissimilé en dessous de celui-ci pour en extraire un paquet.
Il serrerait le cadeau dans (de) sa main un peu crispée et s’avancerait à pas de velours avec un grand sourire vers ma mère, jusqu’à ce qu’elle se rende compte de sa présence et se retourne vers lui avec un regard interrogatif.
Là, il tenterait de prendre un air normal et lui dirait « J’ai vu ça en vitrine en passant vite fait depuis (après) le travail, j’ai pensé que tu pourrais aimer ». Ma mère comme à chaque fois aurait un sourire radieux de petite fille juste un peu gâtée, qui a plus de plaisir à deviner ce que le cadeau peut bien être par la sa forme de sous son l’emballage que de le découvrir finalement. Mais tout l’art de cet homme était de savoir faire s’épanouir ce sourire sur le visage de ma mère une fois le cadeau révélé de son emballage. Elle se pencherait alors vers lui et lui poserait un doux baiser sur les lèvres en lui soufflant « tu as bien pensé ».
Je ne sais plus combien de fois j’ai assisté à cette scène, comportant chaque fois des petites variantes, mais je ne me souviens pas d’avoir été un jour lassé de les observer et de rêver avec eux lors de ces moments merveilleux. Mon sourire était toujours synchronisé sur celui de mes parents bien aimés et je me demande qui prenait plus de plaisir alors, moi qui connaissait la vérité où mes parents qui jouaient sans cesse à ce petit jeu de séduction ?
Car j’étais plus que spectatrice, je savais depuis un certain matin où Papa m’avait emmené avec lui pour choisir un de ces innombrables cadeaux, qu’ils n’étaient pas le fruit du hasard entre la rencontre d’un quelconque objet en vitrine et du regard vagabond de mon père. Ils étaient minutieusement choisis et leur recherche pouvait prendre des heures, mais cela il ne lui avouerait pour rien au monde, car il était bien trop amoureux d’elle!
D’ailleurs il n’a plus sollicité mon aide depuis la fois où je me suis écriée tout haut « c’est pas vrai, j’étais là, papa et moi on a fait tous les magasins pour ça ! ». Ma punition pour n’avoir pas su tenir ma langue a duré près d’une décennie avant que mon père me recrute à nouveau dans sa quête éternelle de cadeaux parfaits pour ma mère.
Exercice métaphorique
L’amour est un brin d’herbe sauvage. Il peut pousser partout, même dans les endroits les plus hostiles, surtout devrais-je dire !
Il peut se faire arracher, piétiner, désherber, on sait qu’il repoussera de toute façon tôt ou tard au même endroit, juste à côté ou plus loin.
N’essayez pas d’entretenir votre cœur comme un jardin royal trop sage, où toute plantation est contrôlée, où rien ne dépasse et où le hasard n’a pas de place. Laissez le terrain libre aux surprises de la providence qui comme dame nature, sèmera au gré du vent et des saisons une multitude de graines, toutes différentes, qui pourront germer et grandir en amour éternel, ou juste éclore le temps d’une amourette, pour se refermer aussi vite après avoir donné le meilleur d’eux même: leur beauté fragile et éphémère.
Par Sophie, Dimanche 17 Decembre 2006 à 22:26 GMT+2 dans Atelier libre (article, RSS)





